Le Petit Napolitain

Fiche technique
Nom originalMalchik iz Neapolya (Мальчик из Неаполя)
Le garçon de Naples
OrigineRussie
Année de production1958
ProductionSoyuzmultfilm
Durée21 minutes
Auteur romanGianni Rodari
RéalisationIvan Aksenchuk
ScénariiAlexander Galich
AnimationKonstantin Chikine, Fedor Khitruk, Elena Khludova, Elizabeth Komova, Igor Podgorsky, Vasiliy Ryabchikov
AdaptationGary Stuart Kaplan pour Film Roman et Film by Jove
Direction artistiqueVictor Nikitin, Igor Nikolayev
Direction du sonNikolai Prilutsky
Direction photographieNikolai Vohinov
MusiquesEduard Kolmanovsky
Diffusions
1ère diff. Cable/Sat/TNTsamedi 15 avril 1995 (Canal J)
Editions
Sortie en VHS1998 (Citel)
Synopsis

À Naples, en Italie, dans l'entre-deux-guerres, vit Ciccio (Chicho), un jeune orphelin sans le sou qui désire plus que tout s'offrir une paire de chaussures pour pouvoir aller à l'école. Pour cela, il effectue des petits travaux – laveur de carreaux, plongeur, vendeur de journaux ou cireur – qui hélas ne lui rapporte que peu d'argent. Un jour, du haut de la tour d'une horloge où il réside, l'elfe Signor entend la désespérance de l'enfant et il s'en va lui apporter son aide avec le Globe Magique : ce globe terrestre a été conçu à partir d'une pierre précieuse composée de poussières d'étoiles offerte à l'elfe par son amie la Fée en Bleue. En effet, ce globe possède le pouvoir de rendre les gens heureux ou de changer une situation dangereuse en une autre plus joyeuse. L'elfe Signor s'approche ainsi du jeune enfant et grâce au pouvoir magique émis au travers de la rotation du globe, Ciccio trouve, alors qu'il farfouille dans une poubelle, les chaussures qu'il désirait tant.

Mais une ombre marque de sa présence les murs d'une blancheur ensoleillée de Naples. Il s'agit d'un sbire de la Sorcière – la Renarde – qui avec un pistolet tire sur le Globe Magique et brise une partie de sa surface (là où est représenté l'océan Atlantique, juste à côté des États-Unis). Continuant tout de même de tourner sur lui-même, le pouvoir qu'il émet alors dérègle les évènements – tout en ayant assombri le ciel au dessus de la ville – qui de heureux sont en passe de se transformer en malheurs : les chaussures de Ciccio ne sont plus que poussières, mais plus grave encore un incendie met en danger des enfants faisant une sieste, une petite fille risque de tomber d'un balcon en voulant attraper un ballon de baudruche et une autre de se faire renverser par une automobile en tentant de récupérer la balle avec laquelle elle joue. Fort heureusement, l'elfe Signor parvient à stopper la rotation du globe, ce qui a pour effet de suspendre le temps et de fait de rendre immobile l'ensemble des activités qui se produisaient alors à Naples. La ville est ainsi entièrement maintenue dans un état où le temps s'est arrêté et où il ne pourra reprendre, en écartant tout danger, qu'à la condition que le Globe Magique soit réparé. C'est pourquoi, après l'avoir sorti de sa torpeur avec un reste d'énergie positive émis par le globe, l'elfe Signor, qui a deviné que la méchante Sorcière était à l'origine de cette terrible situation, envoie Ciccio se rendre dans la Forêt Enchantée afin qu'il trouve la Fée en Bleue qui y demeure, celle-ci pouvant redonner son bon pouvoir au globe. L'elfe prévient toutefois Ciccio qu'il devra en premier lieu traverser la barrière magique et qu'il devra également protéger le globe de la Sorcière qui si elle réussissait à s'en emparer en ferait un mauvais usage.


» Résumé complet


Commentaires

Tant que le globe sera entre de bonnes mains, alors tout ira bien...

Ce court-métrage d'animation est une libre adaptation de la « Comptine pour Ciccio » / « Filastrocca per Ciccio » écrite par Gianni Rodari (1920-1980), alors auteur italien qui n'en était qu'au tout début de sa carrière d'écrivain pour la jeunesse (cette courte comptine fut publiée le 1er mai 1949 dans le journal communiste l'Unità puis dans le recueil Il libro delle filastrocche (Le Livre des comptines, 1951) ou encore dans Prime fiabe e filastrocche. D'autres éléments des premières oeuvres de Gianni Rodari – contes ou poèmes – composent également l'histoire du Petit Napolitain qui est par ailleurs la toute première adaptation sur un écran d'une œuvre de cet auteur. A cet effet, cette adaptation est plutôt une création originale pleinement inspirée de plusieurs comptines de Rodari, en prenant comme axe le personnage de Ciccio, et qui tout en les assemblant offre une aventure à la fois nouvelle mais respectueuse de l'imaginaire rodarien.
Trois ans plus tard, une autre œuvre de Gianni Rodari sera adaptée à nouveau par le studio Soïouzmoultfilm, à savoir Cipollino, le petit oignon dont le texte de Rodari fut traduit en Union soviétique en 1953, un an après une première visite de l'écrivain italien dans ce pays. Notons que Gianni Rodari s'était inscrit au Parti communiste durant la Seconde Guerre mondiale pour combattre le fascisme et le nazisme et qu'il resta lié à ce parti après le conflit, ce qui explique dans une certaine mesure sa rapide notoriété en Union soviétique.

Le scénario du Petit Napolitain fut signé par le poète, scénariste, dramaturge et auteur-compositeur-interprète Alexander Galich (1918-1977) : il termina sa vie à Paris après avoir quitté sa patrie en 1974, les chansons qu'il interprétait depuis la fin des années 1950 étant marquées par sa dissidence à l'égard de l'état soviétique (si l'on doit faire une analogie simpliste, on pourrait dire que son style s'apparente à celui de Georges Brassens, entre le chansonnier et le songwriter à la Bob Dylan). Les circonstances de sa mort dans son appartement parisien sont restées inexpliquées... bien que la fille de l'artiste a accusé le KGB d'avoir assassiné son père (à lire l'une des rares biographies en langue française traduite du russe sur Aleksandr Galitch sur Kinoglaz, le site Internet français de référence sur le cinéma russe).
Dix ans plus tard, Alexander Galich écrira à nouveau un scénario pour Ivan Aksenchuk (1918-1999), le réalisateur du Petit Napolitain, ce pour le magnifique court-métrage La Petite Sirène. Entre temps, parmi les quelques écrits qu'il signa pour l'animation, il adapta également pour Soïouzmoultfilm le poème futuriste Le Prolétaire volant (1925) du célèbre poète et dramaturge Vladimir Maiakovski (1893-1930, l'une des grandes figures du futurisme russe), ouvrage réalisé par Joseph Boyarsky et Ivan Ivanov-Vano usant de plusieurs techniques d'animation en volumes et papiers découpés. Étrangement, on trouve en cette œuvre deux éléments qui font écho au Petit Napolitain : tout d'abord les humains ailés représentés en papier découpé rappelant l'oiseau de papier volant au dessus de Naples au tout début du court-métrage, et un trou fait à la surface d'un planisphère céleste renvoyant à celui fait sur le Globe Magique.
Dans le scénario foisonnant d'idées du Petit Napolitain, on remarquera dans sa narration fidèle à la forme d'un conte certains détails inexpliqués (mais pas inexplicables), comme le fait que la sorcière ait envoyée la Renarde détruire le Globe Magique alors que celui-ci venait juste d'être créé. Ce film fut aussi l'occasion pour les artistes du studio Soïouzmoultfilm de donner corps à Naples dans de magnifiques représentations de ses rues et ruelles, captant de la sorte l'atmosphère et la luminosité de la ville.
Cette œuvre, comme celles écrites par Gianni Rodari, dégageait un certain humanisme, particulièrement au travers du Globe Magique qui de par sa nature suggérait l'idée que le monde n'était qu'un en dehors de tout ce qui peut séparer les peuples et que justement tous les enfants du monde étaient en quelque sorte une même et seule nation. Toutefois les propos de la Fée en Bleue sont un peu plus troubles quand elle évoque les bonnes mains : sont-ce celles de tous les peuples réunis ou d'un seul ? À moins que ces bonnes mains soient tout simplement celles des enfants...

Notons encore qu'en introduction du Petit Napolitain, on peut voir dans la statue de bronze représentant un jeune enfant comme une référence au sculpteur et dessinateur napolitain Vincenzo Gemito (1852-1929) qui se plaisait à donner corps à l'âme napolitaine et à la jeunesse (comme souligné par la toute première exposition en France de ses oeuvres au Petit Palais entre octobre 2019 et janvier 2020). On retrouve également une statue de bronze dans La Petite Sirène d'Ivan Aksenchuk. À propos de ce dernier et réalisateur du Petit Napolitain (officier en 1944-45 lors de la Grande Guerre patriotique et communiste convaincu au point de finir sa vie dans la pauvreté dans les années 1990 pour ne point servir le régime capitaliste), outre ceux de l'italien Rodari et du danois Andersen, il adaptera bien d'autres contes de diverses origines comme roumaine ou uzbek (et autres républiques soviétiques), et toujours avec un grand respect pour l'oeuvre et ses origines et toujours avec un soin particulier quant à la direction artistique adoptée.
On remarquera également la présence de Charlie Chaplin sur une affiche de cinéma que salue l'elfe Signor (contrairement à la version française, dans la version originale l'elfe ne prononce pas le nom de Charlot, le saluant juste d'un geste en soulevant son chapeau). A cet égard, si le globe a pour effet de transformer en amusantes images deux affiches de cinéma montrant des scènes de violence, celle concernant Chaplin n'est pas modifiée par le Globe Magique puisque le personnage de Charlot représente déjà une certaine idée du bonheur.

Le court-métrage du petit napolitain fut édité en 1958 en Union soviétique sous la forme d'une nouvelle illustrée, ce dans le 5ème volume de la collection « Fil'my-skazki : Stsenarii risovannykh fil'mov » (Les Films de Contes de fées : scénarios illustrés de films d'animation, 11 volumes, 1950-1979) publiée aux éditions Goskinoizdat (volume 1 et 2) puis Iskusstvo (volume 3 à 11). Il fut ainsi proposé en un récit illustré avec en ce même volume le texte du court-métrage Une Flamme scintille dans l'igloo mais aussi avec le récit du film d'animation Les Cygnes sauvages alors que ce dernier fut produit quatre ans plus tard en 1962. Quelque cent quarante films d'animation soviétiques furent ainsi rassemblés sur 2568 pages par Boris Voronov (1903-1986), rédacteur en chef du département scripts du studio Soïouzmoultfilm de 1956 à 1963.

Comme la plupart des films d'animation soviétiques diffusés sur Canal J entre 1992 et 1998 – en soirée le samedi de 20h00 à 21h00 puis rediffusés le lendemain matin – et distribués en cette même décennie en VHS (chez Citel) dans l'Hexagone, la version française du Petit Napolitain est québécoise et adaptée directement de la version états-unienne produite sous le titre The Boy from Napoli par le réalisateur Phil Roman (Film Roman) et l'acteur Oleg Vidov (Film by Jove), ce dans le cadre de la collection « Les Grands Classique de l'Animation » / « Animated Classic Showcase » (1993) ; à ne pas confondre avec l'autre collection de Vidov « Les Contes de mon enfance » / « Mikhail Baryshnikov's Stories from my Childhood » (1995). A cet égard, comme nombre de films d'animation soviétiques étant passés par les mains de Roman et Vidov, Le Petit Napolitain a subi quelques honteuses modifications que l'on retrouve de fait dans la version française. Ainsi les diverses pièces musicales composées par Eduard Kolmanovsky (1923-1994, compositeurs ayant écrit de célèbres chansons à l'esprit patriotique) ont été remplacées par de nouvelles. Pour ces dernières, malgré une orchestration peu étoffée, le compositeur états-unien a tenté de respecter l'esprit napolitain des compositions originales tout en usant de sonorités plus contemporaines. Si certaines de ces nouvelles compositions ont un certain intérêt, d'autres sont hélas très peu inspirées et accompagnent les images sans y être vraiment mêlées.
Quelques scènes ont également été coupées, la principale étant celle où Ciccio chante dans la Forêt Enchantée en compagnie des Fraises des Bois. Fort heureusement, depuis le début du 21ème siècle, l'ensemble des droits d'exploitation et de distribution internationale des films d'animation du studio Soïouzmoultfilm qu'avait « acquis » Oleg Vidov en 1992 a pris fin (en 2007, Oleg Vidov cède ces films au milliardaire et homme d'affaire russe Alisher Usmonov et en 2011, Vladimir Poutine alors président du gouvernement / premier ministre rend les droits de son catalogue au studio) et l'on pourrait espérer revoir un jour cette œuvre dans une version plus respectueuse de l'originale.
Soulignons également qu'en 1991, en Russie, ce court-métrage fut restauré à l'occasion de sa ressortie dans un programme intitulé Priklyucheniya volshebnogo globusa, ili Prodelki ved'my (Les Aventures du Globe Magique ou les ruses de la Sorcière / The Adventures of the Magic Globe or Witch's Tricks). Ce long-métrage dont il s'agissait était composé de trois autres courts-métrages du même réalisateur que Le Petit Napolitain formant comme une histoire liée à celle de Ciccio qui le débutait et suivi ainsi par Le Géant et la Sorcière / Orehovyj Prutik (1955), Le Soldat Tambour / Gore-ne Beda (1983) avec également la présence d'une sorcière et Cendrillon (1979), le métrage se terminant sur la dernière scène du Petit Napolitain avec l'arrivée de la Fée Bleue sauvant l'enfant de la dangereuse Sorcière.
On notera encore que lors de sa diffusion sur Canal J le samedi 15 avril 1995, entre 20h00 et 21h00 (espace dédié aux courts et moyens-métrages de diverses origines), ce court-métrage fut précédé par un autre ouvrage du studio Soïouzmoultfilm, à savoir Un sac plein d'or.

Enfin, il nous reste à trouver si ce film d'animation a connu une exploitation en salles en France lors de sa sortie en 1958 et de fait s'il existe une première version française...

Remerciement à Sim du Forum du Doublage Québécois pour l'identification des voix.

Il existe un roman chrétien anglais pour la jeunesse traduit en France en 1928 aux éditions J. Baux sous le titre Peppuccio, le petit napolitain contant l'existence d'un enfant des rues dans la Naples de 1848 alors qu'une épidémie de choléra sévit, mais il ne semble pas y avoir de lien avec le personnage de Gianni Rodari.

Doublage
Voix françaises :
Daniel Rousselnarrateur
Lisette DufourCiccio
Jacques Lavalléel'elfe Signor
Johanne Leveilléla sorcière
Luc Durandle commandant
Auteur : Captain Jack
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Malchik iz Neapolya © Gianni Rodari / Soyuzmultfilm
Fiche publiée le 05 novembre 2020 - Dernière modification le 13 novembre 2020 - Lue 553 fois