Présentation
Bien qu'elle ne soit pas une émission pour la jeunesse à proprement parler, La dernière séance a considérablement marqué toute une génération pendant 16 ans (durée de vie télévisuelle tout à fait remarquable) et comportait de nombreux dessins animés en son sein.
Sur une idée du chanteur Eddy Mitchell, l'émission se centralisait sur la diffusion de classiques du cinéma, principalement américain, et pour la plupart réalisés dans les années 50.
Western, fantastique, aventure… Les genres de prédilection de l'artiste sont mis en avant dans une formule inspirée de la programmation des cinémas de l'époque.
Illustrée par un générique qui reprend la musique de la chanson "La dernière séance" de 1977, un des plus grands succès d'Eddy Mitchell (et qui dépeignait déjà avec bonheur et nostalgie l'ambiance des petits cinémas de quartier), l'émission se présentait chaque fois de la même façon, en public dans un cinéma typique : d'abord un dessin animé en ouverture, suivi d'un premier film doublé en français. Puis, place aux actualités (d'époque !) et à un second dessin animé et des réclames. L'émission se terminait avec la diffusion d'un second film, en VOST cette fois.
Eddy Mitchell a toujours été passionné par le cinéma de son enfance. C'est en 1979 qu'il obtient l'autorisation de diffuser à l'Ermitage, une séance de minuit de façon exceptionnelle, avec la diffusion de Scaramouche (1952) et La blonde et moi (1956). Le succès est tel que le directeur général de FR3 de l'époque, Serge Moati, propose à Mitchell de porter le principe à la télévision.
Le ton enjoué, plein d'humour et de malice d'Eddy Mitchell, qui jouait avec les figurants l'entourant dans le cinéma, les ouvreuses et les vendeuses de glaces, ponctuait le programme et développait le contexte de naissance du film du jour ou des anecdotes sur les acteurs principaux. L'émission a ainsi permis de découvrir de très nombreuses œuvres de l'âge d'or des studios américains, avec un focus historique détaillé et ludique de celles-ci en point d'orgue, narré par le chanteur, particulièrement érudit dans le domaine.
Pour le jeune public qui regardait le programme, c'était aussi la possibilité de retrouver deux dessins animés, parmi les cartoons les plus fameux de l'Histoire. Mitchell laissait la part belle à de très nombreuses diffusions de Tom et Jerry, des Looney Tunes et de quelques chefs-d'œuvre de Tex Avery.
Diffusée avec succès pendant toutes ces années, La dernière séance fut présentée par Eddy Mitchell quasi toute son existence. Quelques numéros ont cependant été exceptionnellement présentés par Alain Souchon, Michel Sardou, Jacques Villeret ou encore Guy Marchand.
Pour toute une génération, l'émission fut le prétexte à découvrir des films qu'on ne voyait nulle part ailleurs, à une époque où Internet et les plateformes n'existaient pas. Un florilège culturel impressionnant aujourd'hui encore…
Si on se souvient des nombreux westerns, style cinématographique fétiche du chanteur, diffusés, c'est l'émission du 19 octobre 1982 qui a profondément marqué les esprits car elle proposait L'étrange créature du lac noir, chef-d'œuvre de Jack Arnold de 1954. Ce film, qui nécessitait le port de lunettes à filtres bleu et rouge pour qu'il soit vu en relief, avait bénéficié d'une énorme campagne publicitaire, rendant l'expérience captivante et curieuse, même si au final, le résultat déçut un peu le public.
La dernière séance fut diffusée la plupart du temps dans un vrai cinéma, le Trianon de Romainville, particulièrement représentatif des années 50 et qu'Eddy Mitchell affectionnait beaucoup étant enfant. Mais le programme fut aussi parfois tourné au Palace de Beaumont-sur-Oise, ou au Voltaire de la Garenne-Colombes.
Pendant donc 16 ans, La dernière séance a rythmé de façon originale les semaines du téléspectateur curieux d'un cinéma révolu. D'abord chaque mardi (de 1982 à 1990), puis le jeudi (de 1990 à 1994) et enfin le lundi (de 1994 à 1998). Le programme ne sera finalement pas renouvelé dans la grille de FR3, après 192 émissions et 385 films !
La dernière séance représente parfaitement une certaine idée de la télévision du service public des années 80 et a permis de découvrir des chefs-d'œuvre incontournables qui ne seraient passés nulle part ailleurs de façon hebdomadaire, sur une grande chaine nationale. L'ambiance très rétro, et la proposition d'un deuxième film en VOST, ont clairement contribué au succès de l'émission et à l'amour du cinéma de genre de beaucoup de gens…
Un souvenir magistral et culturel, sublimé par la gouaille joviale et bardée de références sur les acteurs et leur Histoire d'un de nos plus grands monuments de la chanson française.