Liste
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   Animatrice Récré A2
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Interview Eric Legrand
Toute la génération Club’Do connaît la voix de ce grand comédien depuis ses rôles de Yamcha et Végéta dans Dragon Ball/Dragon Ball Z et celui bien entendu de Seyar dans les Chevaliers du Zodiaque. Eric a eu la gentillesse de répondre à cette interview, un honneur pour Planète-Jeunesse.

Planète-Jeunesse : Commençons par le début : comment était le jeune Eric Legrand dans son enfance ? Etais-tu très télé ?

Eric Legrand : C'est un objet qui n'est arrivé qu'assez tardivement à la maison. Je ne sais plus précisément mais je devais avoir autour de 14 ans. Je savais donc m'en passer. Et puis de toute façon on n'avait qu'une chaîne, à l'époque, hein ! Oui, c'était juste après le Crétacé... :-) Ou en tout cas on n'en avait pas plus de deux, j'ai oublié. Ce qui prouve d'ailleurs que ce n'était pas quelque chose d'essentiel pour moi. Bref je n'ai pas été nourri au petit écran, grâce au Ciel, ce qui m'a en particulier permis d'apprendre très vite à apprécier la lecture.

P.J. : Comment es-tu devenu comédien de doublage ?

E.L. : Ouh là ! Mettons les choses au point tout de suite : on n'est pas "comédien de doublage". Je n'aime pas cette terminologie restrictive : comédien de ceci ou de cela. On est comédien et on fait aussi du doublage, en même temps qu'on fait du théâtre, de la télévision, de la radio, de la publicité, du cinéma, ou du moins qu'on essaie de faire tout ça à la fois. Chaque discipline nourrit les autres et ce n'est généralement pas par volonté délibérée, en principe, qu'on n'a pas d'activités diversifiées. Ce sont les hasards de la vie, les aléas du destin, les rouages de l'existence qui font qu'on se retrouve cantonné dans un secteur donné lorsque cela arrive.
On est comédien et on se met à faire du doublage si on en a l'opportunité et si on arrive à se faire à cette technique. On ne devient rien du tout pour autant ! On ajoute seulement une corde à son arc, je dirais.

P.J. : Y pensais-tu tout petit ou bien est-ce venu par hasard ?

E.L. : Tout petit ? Penser à faire du doublage !? Mais quelle horreur !!!!!!! Non, en revanche dès mon plus jeune âge j'ai adoré me déguiser et je rêvais d'être dans la lumière des projecteurs, sur une scène. J'ai vachement bien réussi mon coup, moi qui travaille le plus souvent dans l'ombre des studios d'enregistrement, hein ?

P.J. : En effet :-) Comment as-tu commencé dans ce métier ? (*)

E.L. : Tout à fait par hasard. J’ai commencé à en faire en 1978. A l’époque je travaillais assez régulièrement pour Radio France ; j’enregistrais des dramatiques pour France-Inter ou France-Culture essentiellement, en tant que comédien bien sûr, et je travaillais fréquemment avec un réalisateur qui me disait souvent, lorsque je travaillais avec lui : "C’est fou ce que ta voix ressemble à celle de Jean-Pierre Leroux !" (un autre comédien). Il disait la même chose à Jean-Pierre Leroux ("C’est fou ce que ta voix ressemble à celle d’Eric Legrand !"). Nos voix avaient en effet certaines similitudes même si nous avons des tempéraments assez différents, je pense.
Or Jean-Pierre, de son côté, faisait déjà du doublage. Et il a été appelé un jour pour doubler un film dont le titre était "Le Prince et le Pauvre". C'était une superproduction Hollywoodienne en 35 mm qui n’est d'ailleurs finalement jamais passée sur les écrans français et que je n’ai vue que des années plus tard à la télévision. Dans cette histoire tirée d'un livre très célèbre de Mark Twain, le petit Prince de Galles, fils du roi Henry VIII d'Angleterre, est le sosie d’un petit pauvre et ils intervertissent tous les deux leurs places jusqu’à ce que le prince reprenne son rôle, bien entendu. Evidemment, dans le film c'était le même comédien qui interprétait les deux personnages sosies. Cependant le doubleur avait décidé de prendre pour la version française deux voix proches mais néanmoins différentes pour chacun des deux personnages. Il avait donc appelé Jean Pierre pour l'un des deux rôles et lui avait demandé s’il avait une idée pour le comédien qui pourrait doubler l'autre rôle. Jean-Pierre, qui avait entendu je ne sais combien de fois du réalisateur de radio que sa voix ressemblait à la mienne, a naturellement répondu : "Eric Legrand !". Et voilà… Ce doubleur, Richard Heinz, m’a contacté pour passer des essais. Ils ont été concluants, apparemment, et j’ai donc doublé l’un de ces personnages. Ça a donc été mon premier doublage et ça a été pour un rôle principal dans un 35mm !

P.J. : Ce n'était pas trop dur de commencer par un 1er rôle ?

E.L. : Cela s'est très bien passé, ma foi ! Je crois bien n'avoir pas trouvé ça difficile. Mais j'ai oublié ce que j'ai pu ressentir vraiment, pour être honnête. Je sais que je m'y suis fait assez vite, en tout cas, même si je considère aujourd'hui qu'on ne peut pas donner le meilleur de soi-même avant un bon moment, aussi habile naturellement soit-on.
Richard Heinz m’a réemployé par la suite et m’a recommandé à d’autres boites de doublage. Ça a fait un effet boule de neige et je me suis retrouvé à faire du doublage alors que lorsque je suis entré dans ce milieu, je savais à peine que ça existait. Le doublage est littéralement venu me chercher, en somme…

P.J. : Quel est (ou quels sont) ton meilleur souvenir de doublage. Quel rôle as-tu particulièrement aimé doubler ?

E.L. : J'ai adoré doubler Scott Baio dans "Charles s'en charge". Avec le recul je crois bien que, de tout ce que j'ai fait, c'est ce sur quoi j'ai eu le plus de plaisir. La série était délicieuse, l'ambiance sur le plateau très sympa, le comédien remarquable, et je me suis senti en osmose parfaite avec ce qu'il faisait. Ça a été une véritable rencontre, je crois. J'aime à penser que j'étais fait pour le doubler là-dedans et que le résultat s'en est ressenti ! :-)

P.J. : A l’inverse, as-tu de mauvais souvenirs ?

E.L. : Oui, bien entendu. A cause de personnes désagréables. Moshe Mizrahi, par exemple, un réalisateur qui dirigeait lui-même le doublage en français d'une télésuite qu'il avait réalisée en coproduction, avec une distribution internationale. Je suis parti le deuxième jour d'enregistrement (il en était prévu au moins 10 pour moi qui devais doubler le rôle principal) tellement ce personnage se comportait d'une façon grossière et agressive. Je n'avais jamais vu ça.
Ou encore Evelyn Séléna, magnifique comédienne mais personne odieuse, qui a dû traumatiser à peu près tous les débutants à côté desquels elle a travaillé. Je suis sorti d'un enregistrement avec elle, à mes débuts, avec l'envie de me jeter par la fenêtre, après l'avoir tuée si possible, ou de ne plus jamais foutre les pieds sur un plateau de synchro. Et je peux dire que chaque fois ou presque que j'ai travaillé avec elle par la suite peut être considérée comme un mauvais souvenir.

P.J. : Est-ce que certains rôles ont joués une place importante dans ta carrière ?

E.L. : Des rôles qui seraient importants dans et pour ma euh... carrière ? Ben non. Je ne sais pas quoi répondre. Question suivante ! :-)

P.J. : Ok :) Dans le monde de l’animation, tu es très connu pour les voix de Yamcha et Végéta (Dragon Ball), mais surtout Seiya (Chevaliers du Zodiaque). Aimes-tu doubler des personnages animés ?

E.L. : Ça dépend s'ils sont marrants à faire ou non. Oui, dans l'absolu ça m'amuse plutôt, on va dire. Mais ça peut aussi être excessivement casse-pied.

P.J. : Est-ce différent par rapport au doublage d’une personne réelle ?

E.L. : Oui, bien sûr, on a beaucoup moins de contraintes. Le synchronisme est moins précis. Surtout dans les dessins animés japonais où il est même réduit à sa plus simple expression.

P.J. : Quels souvenirs gardes-tu de ces principaux rôles, Seiya en particulier ?

E.L. : Je me suis bien éclaté sur Dragon Ball à faire le présentateur des tournois, et j'aimais assez faire Végéta. Yamcha m'ennuyait et Seiya ne m'a pas intéressé, je ne m'en suis jamais caché. Quoi qu'il en soit cela n'a apparemment pas affecté mon travail si j'en juge par le succès qu'il a rencontré et dont je suis très fier et très flatté !

P.J. : Est-ce que tu aimes les dessins-animés de manière générale ?

E.L. : Oui, on peut dire ça je pense. Sauf les animés nippons que je déteste absolument (NDLR: à l'exception de "Goshu le violoncelliste" semblerait-il).

P.J. : Pour en revenir au doublage en général, est-ce que le métier à évolué entre tes débuts et maintenant ?

E.L. : Oui. J'ai tendance à penser qu'il s'est plutôt détérioré.
(Nota : et je crois qu’Eric est loin d’être le seul à penser cela...)

P.J. : Question un peu délicate peut-être : est-ce que pour toi, il y a des voix "mythiques" ?

E.L. : Non. Je pense qu'il ne peut y en avoir que pour les spectateurs, les gens qui ne sont pas du métier. Pour moi en tout cas il s'agit de confrères, de copains. Enfin, rien d'autres que des comédiens qui font un boulot qui est aussi le mien et que je connais par coeur. Je ne travaille pas avec des "voix" mais avec des individus.

P.J. : Y a t’il des doubleurs/doubleuses que tu admires particulièrement ?

E.L. : Il faut absolument apprendre aux gens qui ne sont pas du métier qu'on parle de "comédiens" mais pas de "doubleurs" ! C'est une habitude totalement erronée et qui induit quelque chose de pervers. C'est à dire que ce terme, "doubleur" (qui, dans le métier, désigne en fait un employeur, une maison de doublage), suggère que le doublage peut être une fin en soi, une activité envisageable en elle-même alors que, encore une fois, ce n'est rien d'autre qu'une des nombreuses façons de faire l'acteur, d'exercer un boulot de comédien. Et qu'en conséquence cela demande une formation de comédien ou, tout un moins, un désir d'en être un avec tout ce que ça comporte : je veux dire envie de monter sur scène et de tourner devant une caméra. Ne faire que du doublage, cela n'existe pas. On n'entre pas en doublage par vocation. On tente sa chance dans la vie en tant que comédien et puis on se met à faire du doublage, un peu, beaucoup, énormément voire exclusivement à la longue, mais cela vient ensuite, après, en plus ! A part peut-être quelques-uns qui, plus ou moins par hasard, ont commencé enfants et à l'exclusion d'UNE comédienne qui n'a jamais fait que ça (et encore est-elle passée avant par le Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique), tous les comédiens qui font du doublage font ou ont fait autre chose (théâtre, ciné, télé, radio, etc...) et n'ont jamais souhaité comme un but en soi faire du doublage. Cela dit il y a des comédiens qui font du doublage et que je trouve très talentueux dans cette discipline, oui, évidemment. Et je n'en citerai pas pour ne pas risquer de vexer les autres... :-)

P.J. : Ok, c’est noté, je ne ferais plus l’erreur, promis :-) Des comédiens avec qui tu aurais aimé doubler ?

E.L. : Non, pas spécialement. J'aime travailler avec de bons comédiens, certes, mais surtout avec des gens que j'aime en tant qu'êtres humains en vérité. Alors s'ils sont bons, tant mieux ! Et tant pis si ce n'est pas le cas car ce qui me restera de tout ça ce sont des moments de chaleur humaine et rien d'autre, hein !

P.J. : Quel regard critique portes-tu sur tes anciens rôles avec le recul ?

E.L. : Quelle oreille, plutôt ! :-)

P.J. : Certes :-) Est-ce que tu te dis parfois "tiens là j’aurais pu mieux faire" ?

E.L. : Oui. Souvent. Mais je suis aussi parfois très heureusement surpris d'entendre quelque chose que je trouve bien alors que je n'avais pas été satisfait de moi sur le moment.

P.J. : Quel effet cela fait de s’entendre quelques années plus tard sur de vieux doublages ? De s’entendre sur des rôles un peu oubliés parfois ?

E.L. : Bah c'est à dire que j'ai tellement l'habitude que cela ne me fait plus grand chose en fait. Mettons que ça m'étonne quand je m'entends sur quelque chose dont j'ai complètement oublié que je l'ai fait. Et ça me donne l'impression d'avoir cent dix huit ans...

P.J. : Enfin quelques questions "pièges" (rires) pour conclure : quels sont tes loisirs en dehors du doublage ?

E.L. : Petit curieux ! :-)

P.J. : (rires) Te promènes-tu souvent sur internet ?

E.L. : Oui, et j'aurais du mal à m'en passer maintenant !


Un grand merci à Eric pour sa disponibilité.
Et merci aussi à Ludovic Gottigny pour son aide précieuse.

(*) : la réponse d'Eric à cette question est celle en fait d'une autre interview qu'il m'a invité à reprendre telle quelle.


Auteur : Joe Gillian
Date interview : 28 nov. 2003