Fiche technique
| Nom original | Cyborg 009 (サイボーグ009) |
| Origine | Japon |
| Année de production | 1968 |
| Production | Tôei Animation |
| Nombre d'épisodes | 26 |
| Auteur manga | Shôtarô Ishinomori |
| Réalisation | Takeshi Tamiya |
| Scénarii | Masaru Igami, Masaki Tsuji, Hiroshi Ozawa, Jun'ya Satô, Susumu Takahisa, Yûgo Serikawa, Toyôhiro Andô |
| Direction technique | Takeshi Tamiya, Yûgo Serikawa, Tomoharu Katsumata, Mineo Katsuta, Taiji Yabushita, Ryôzô Tanaka, Yoshikata Nitta, Kazuya Miyazaki, Tsunehito Nagaki, Minoru Okazaki, Yoshio Takami |
| Planning | Masaharu Etô, Yoshifumi Hatano, Shin'Ichi Miyazaki |
| Chara-Design | Tetsuhiro Wakabayashi |
| Direction de l'animation | Tetsuhiro Wakabayashi, Keiichirô Kimura, Makoto Kuniho, Tsuguyuki Kubo, Kenzô Koizumi, Kôichi Murata, Shinya Takahashi |
| Direction artistique | Tomô Fukumoto |
| Direction des décors | Tomô Fukumoto, Shigeyoshi Endô |
| Musiques | Taiichirô Kosugi |
Synopsis
Cyborg 009 débute lorsque Black Ghost, une mystérieuse organisation de marchands de la mort (d'armes de guerre donc) propose à différents pays de leur fournier une arme nouvelle : un cyborg programmé pour se battre. Pour cela, ils capturent différents humains à travers le monde dont ils modifient presque entièrement le corps pour les rendre plus résistants et capables d'agir en tant qu'arme. Mais un jour, les cyborgs se retournent contre leurs "concepteurs" et prennent la fuite. Joe Shimamura, jeune orphelin métis né d'une mère japonaise et d'un père inconnu (probablement américain), lui aussi transformé en cyborg, prend la tête de l'équipe et devient leur leader dans la lutte contre l'organisation Black Ghost, mais également contre des adversaires tout aussi dangereux bien que moins identifiables au premier abord (dictateurs, militaires, gangsters...).
Commentaires
Première adaptation télévisée du manga de Shôtarô Ishinomori, la série de 1968 de Cyborg 009 occupe une place particulière dans l'histoire de la franchise. Directement liée aux deux films sortis en 1966 et 1967, la série reprend leur continuité et leur conception des personnages, tout en développant une formule davantage adaptée aux contraintes de la télévision et aux attentes du jeune public. Elle constitue ainsi une œuvre de transition : encore très marquée par la science-fiction et l'aventure pour enfants des années 1960, elle laisse progressivement apparaître les préoccupations politiques et humanistes qui deviendront beaucoup plus importantes dans le manga.
Le premier élément déterminant est son positionnement éditorial. Cyborg 009 est avant tout une série destinée aux enfants et aux préadolescents. Cette donnée explique une grande partie de ses choix narratifs : les épisodes sont généralement indépendants, les intrigues reposent fréquemment sur un affrontement simple entre les héros et un nouvel adversaire et l'humour occupe une place importante.
Le schéma « un épisode, un ennemi » permet de proposer une aventure facilement identifiable et immédiatement accessible. Chaque épisode peut presque fonctionner comme une histoire autonome, sans nécessiter une connaissance approfondie de ceux qui le précèdent. Cette structure correspond parfaitement au fonctionnement des premières séries télévisées japonaises, mais elle limite également la possibilité de développer en profondeur les personnages ou les enjeux.
Cette simplicité est particulièrement visible dans les premiers épisodes, où le manichéisme domine : Black Ghost représente le mal, les cyborgs représentent les héros et l'affrontement entre les deux camps constitue l'essentiel de la dynamique dramatique. Pourtant, la série évolue progressivement. Plus elle avance, plus les adversaires sont présentés comme des êtres humains capables de douter, de regretter leurs actes ou de comprendre les conséquences de leurs décisions.
Cette évolution est importante, car elle annonce une caractéristique essentielle de l'œuvre d'Ishinomori : le véritable problème n'est pas simplement de vaincre « les méchants », mais de comprendre les mécanismes qui conduisent les êtres humains à fabriquer et à utiliser la violence.
Derrière son apparence de série d'action destinée aux enfants, Cyborg 009 possède donc une dimension politique plus intéressante qu'il n'y paraît.
Le point de départ est particulièrement révélateur : Black Ghost transforme des êtres humains en armes destinées à être vendues aux différentes puissances mondiales. Le corps humain devient ainsi une marchandise militaire. Les cyborgs sont littéralement des hommes transformés en instruments de guerre contre leur volonté.
Cette idée rejoint directement la volonté d'Ishinomori de dénoncer le trafic d'armes. Même si cette critique est relativement discrète dans la première partie de la série, elle revient progressivement au premier plan. Plusieurs épisodes mettent en scène des armes capables de provoquer des catastrophes de grande ampleur et interrogent les conséquences de leur utilisation.
La série aborde ainsi des thèmes étonnamment sombres pour une production destinée aux enfants : la Seconde Guerre mondiale, le désir de vengeance, la radioactivité, les armes de destruction massive ou encore les conséquences humaines de la guerre. Il y a par exemple une référence iconoclaste dans le 26e épisode au court-métrage américain de propagande Daisy (1964).
L'épisode consacré au vétéran japonais confronté à son désir de vengeance envers l'armée américaine est particulièrement révélateur. Au lieu de présenter simplement un antagoniste animé par une volonté abstraite de destruction, la série cherche à montrer l'origine de sa haine. L'ennemi devient alors une victime de l'Histoire autant qu'un responsable de ses propres actes.
C'est précisément à cet endroit que Cyborg 009 dépasse progressivement le simple récit de super-héros. La question n'est plus seulement « qui va gagner ? », mais « pourquoi les hommes fabriquent-ils des armes et pourquoi continuent-ils à se faire la guerre ? ».
Cette évolution thématique s'accompagne d'une représentation intéressante des cyborgs eux-mêmes.
Malgré leurs capacités extraordinaires, ils ne sont jamais véritablement présentés comme des êtres invincibles. Ils peuvent être blessés, échouer et se retrouver dépassés par leurs adversaires. Le dernier épisode est particulièrement significatif puisqu'il ne propose pas une véritable victoire définitive : les héros survivent, mais leur ennemi demeure capable de nuire.
Cette conclusion remet en question la logique habituelle du récit pour enfants dans lequel la victoire du héros entraîne nécessairement la disparition du danger. Ici, le mal n'est pas définitivement supprimé.
La série adopte ainsi progressivement une tonalité douce-amère. Les épisodes peuvent se terminer positivement à l'échelle individuelle tout en laissant subsister un problème plus vaste. Les cyborgs peuvent sauver des vies sans être capables de changer le monde dont ils sont eux-mêmes les victimes.
Cette contradiction constitue probablement l'un des aspects les plus intéressants de la série : les cyborgs sont des armes qui refusent de tuer, mais ils doivent utiliser leur puissance pour combattre un système qui continue de produire de nouvelles armes.
La série ne cherche pas à adapter fidèlement le manga. Elle reprend plutôt ses personnages, ses concepts et certaines situations pour construire ses propres histoires.
Ce choix peut être considéré comme une faiblesse si l'on attend une transposition précise de l'œuvre d'Ishinomori. Mais il constitue aussi l'une des forces de cet anime de 1968 : Cyborg 009 possède une identité propre.
Les différences concernant 007 (de son vrai nom, Great Britain) sont particulièrement révélatrices. Dans le manga (plus précisément dans un unique arc qui n'a pas donné de suite), son apparence d'enfant est temporaire et résulte d'une décision prise après sa transformation en cyborg. Dans l'adaptation animée, il devient durablement un enfant, ce qui modifie profondément son rôle dans le groupe.
Cette transformation répond manifestement à une logique de production destinée aux enfants : 007 devient le personnage comique permanent, celui qui permet de détendre les situations dramatiques et d'apporter une dimension burlesque aux aventures.
Mais ce choix possède une contrepartie. L'humour associé à 007 devient rapidement répétitif et finit par déséquilibrer le groupe. Alors que les neuf cyborgs devraient constituer une équipe relativement équilibrée, la série privilégie largement 009 (Joe), 003 (Françoise), 006 (Chang Changku) et 007 (Great Britain). Les autres membres (002/Jet Link, 004/Albert Heinrich, 005/Geronimo Jr. et 008/Pyunma) deviennent souvent des personnages secondaires utilisés lorsque leurs pouvoirs ou leurs origines sont nécessaires à l'intrigue.
Cette sous-utilisation est probablement l'une des principales limites narratives de la série.
Joe Shimamura, ou 009, constitue naturellement le centre de gravité de la série. Il correspond largement au modèle du héros de shônen des années 1960 : jeune, courageux, déterminé et capable de prendre la tête du groupe.
Cependant, son statut de leader lui donne une dimension légèrement différente du héros enfantin classique. Joe n'est pas seulement celui qui possède les capacités les plus spectaculaires ; il est également celui qui doit prendre des décisions pour les autres.
Le traitement de ses origines est toutefois problématique. Dans le manga, son identité métisse et son histoire d'orphelin sont essentielles à la construction du personnage et permettent notamment d'aborder la question de la discrimination. La série évacue largement cet aspect.
Ce changement est particulièrement visible dans son apparence. La couleur de ses cheveux perd sa fonction narrative alors qu'elle constitue un élément important dans le manga. L'adaptation conserve donc le personnage de Joe tout en supprimant une partie de ce qui faisait sa profondeur.
Cela illustre une tendance générale de la série : elle conserve les personnages mais simplifie parfois les enjeux sociaux qui les entourent.
Françoise, ou 003, constitue un autre cas intéressant. Dans une animation japonaise destinée aux enfants dans les années 1960, une héroïne féminine aurait facilement pu être réduite au rôle de demoiselle en détresse. Ce n'est pas vraiment le cas ici.
Même si ses capacités physiques sont inférieures à celles de plusieurs de ses compagnons masculins, 003 conserve une fonction utile au sein de l'équipe. Elle intervient par son intelligence, son sens de l'observation et sa capacité à analyser les situations.
Son rôle reste néanmoins marqué par les conventions de l'époque, notamment à travers sa relation avec Joe. Mais la série lui accorde suffisamment d'autonomie pour éviter d'en faire un simple personnage décoratif.
Sur le plan technique, la série accuse évidemment son âge. Les personnages sont relativement statiques, les décors sont simplifiés, les plans sont régulièrement réutilisés et l'animation limite souvent les mouvements à quelques éléments de l'image.
Cependant, ces limites doivent être replacées dans le contexte de la production télévisée japonaise de la fin des années 1960.
L'animation limitée n'empêche pas nécessairement la mise en scène d'être efficace. Les scènes d'action bénéficient parfois d'un rythme suffisamment dynamique pour compenser le manque de mouvements. Le découpage, les cadrages et la répétition de certains plans permettent de produire une impression de mouvement sans nécessiter une animation extrêmement coûteuse.
Le dessin possède également une certaine homogénéité et conserve le style caricatural caractéristique de l'époque.
La série ne cherche donc pas à produire un réalisme visuel. Elle privilégie la lisibilité, l'efficacité et l'identification immédiate des personnages.
Le doublage japonais apparaît aujourd'hui comme l'un des éléments ayant le plus vieilli. Les mêmes comédiens interprètent plusieurs personnages secondaires, les voix peuvent manquer de naturel et certaines interprétations paraissent excessives.
Cela permet de relativiser l'idée selon laquelle le doublage japonais serait systématiquement supérieur aux doublages étrangers. La qualité d'une interprétation dépend également des conditions de production, de la direction artistique et des pratiques de l'époque.
La musique, en revanche, remplit efficacement sa fonction. Elle appartient évidemment au langage musical des productions télévisées japonaises des années 1960, mais certaines compositions conservent un véritable charme. Le générique participe notamment à l'identité de la série et possède une énergie qui correspond bien à son orientation aventureuse.
Le character design constitue finalement l'une des grandes réussites de cette adaptation.
Les personnages reprennent globalement les grandes lignes du manga tout en les adaptant au langage graphique de l'animation télévisée. Les silhouettes sont immédiatement reconnaissables et les différentes caractéristiques physiques des cyborgs permettent de les identifier rapidement.
Le traitement des origines nationales des personnages est cependant caractéristique de son époque. Les personnages sont associés à certains stéréotypes visuels liés à leur pays d'origine, même si leur personnalité dépasse généralement ces caractéristiques.
Joe est particulièrement intéressant sur ce point. Son design diffère de celui du manga (il n'a plus les cheveux bruns qui trahissait son son passé d'orphelin métis, ils sont ici bien noirs) mais lui confère une présence plus sombre et plus imposante. Son apparence accentue son statut de leader et donne au personnage une personnalité visuelle qui fonctionne indépendamment du manga.
Cyborg 009 est donc une œuvre beaucoup plus intéressante que ce que son apparence technique vieillissante pourrait laisser penser.
Il ne s'agit pas d'une adaptation particulièrement fidèle au manga et son scénario reste souvent élémentaire. La structure épisodique, la surexploitation de 007 et la sous-utilisation d'une partie des cyborgs constituent ses principales faiblesses. De même, les contraintes techniques de l'animation télévisée de l'époque sont aujourd'hui très visibles.
Mais réduire la série à ces défauts serait passer à côté de son évolution.
D'abord conçue comme une série d'aventures enfantines opposant les cyborgs aux différents ennemis de Black Ghost, elle devient progressivement plus sombre et plus ambiguë. La guerre, la vengeance, la radioactivité, les armes de destruction massive et la responsabilité humaine occupent une place de plus en plus importante. Les adversaires cessent progressivement d'être de simples « méchants » et deviennent eux aussi des êtres humains pris dans des mécanismes historiques et politiques qui les dépassent.
C'est finalement cette progression qui donne à la série son intérêt historique et artistique. Cyborg 009 témoigne d'une époque où l'animation japonaise télévisée cherche encore ses formes, tout en montrant déjà la capacité de ce médium à introduire des réflexions sérieuses au sein d'un divertissement destiné aux enfants.
La série est donc moins remarquable par sa sophistication que par le décalage entre sa forme enfantine et les idées parfois étonnamment adultes qu'elle commence à aborder. Elle constitue une première étape importante dans l'évolution de Cyborg 009, entre le récit de super-héros et la réflexion humaniste et antimilitariste qui caractérisera davantage l'œuvre d'Ishinomori par la suite. Elle est hélas inédite en France et son âge canonique ne joue pas en sa faveur pour qu'elle soit proposée chez nous, au moins en version originale sous-titrée en français. Un partie du manga (18 tomes de 300 pages chez nous contre 36 volumes de 200 pages en VO) a néanmoins été éditée en français chez Glénat. On regrettera hélas que les 9 derniers tomes prévus ne soient pas sortis.
Liste des épisodes
01. Kyoufu no kaijin shima (L'île aux monstres effrayante)
02. X no chousen (Le défi de X)
03. Nankyoku no taiketsu (Affrontement en Antarctique)
04. Uchû majin (Les démons de l'espace)
05. A KUBIKURO (Ah, Kubikuro)
06. GARARIA ou kyuushutsusakusen (Opération de sauvetage du roi Gararia)
07. Kieta SUKUURU . BASU (L'autobus scolaire a disparu)
08. Kin'iro no me no shôjo (La fille aux yeux d'or)
09. Akuma wa yoaruku (Le diable marche la nuit)
10. Chitei no ougon kyuuden (Le palais doré souterrai)n
11. Ougon no RAION (Le lion d'or)
12. Ten kakeru kyojin (Le géant dans le ciel)
13. Akumajô no himitsu (Le secret du château du diable)
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14. Norowareta sabaku (Le désert maudit)
15. Higeki no juujin (L'homme-bête tragique)
16. Taiheiyou no bourei (Le fantôme du pacifique)
17. Yuurei doumei (L'alliance fantôme)
18. Waga chichi wa akuma no shito (Mon père est l'apôtre du diable)
19. Kyoufu no gensen SHIISUNEIKU gou (Le terrifiant sous-marin nucléaire Shisunetoku)
20. Hate shinaki toubou (L'évasion sans fin)
21. Maboroshi no kiba gundan (L'armée de cavalerie fantôme)
22. Fukushuuki (Le démon de la vengeance)
23. Fukushuuki (kôhen) (Le démon de la vengeance (partie 2))
24. Hijou na chousensha (Un challenger impitoyable)
25. Yomigaere ! fushichou (FENIKKUSU) (Réveillez-vous ! Le phénix)
26. Heiwa no senshi wa shinazu (Les guerriers de la paix ne meurent jamais) |
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