Le Roi Midas

Fiche technique
Nom originalKról Midas
Le roi Midas
OriginePologne
Année de production1963
ProductionSe-ma-for
Durée10 minutes
RéalisationLucjan Dembiński
Assistant-réalisationLudwik Kronic
ScénariiRyszard Brudzyński
Direction de la productionMarian Sitek
Conception graphiqueAdam Kilian
Direction du sonJan Radlicz
DécorsAdam Kilian
MusiquesKrzysztof Penderecki
Diffusions
1ère diffusion hertzienne28 décembre 1963 (RTF - « Ballades Animées »)
Synopsis

En son palais, le roi Midas n'a de cesse d'accumuler trésor sur trésor, accroissant ainsi toujours sa fortune. Son avidité de richesse est alors sans commune mesure. Un jour, une déité (Dyonisos) lui apparait et lui offre selon son désir la faculté de transformer en or tout ce qu'il touche. Dans un premier temps, cette aptitude lui permet d'accroître encore un peu plus le beaucoup qu'il a déjà mais, quand il s'aperçoit qu'il ne peut ni manger ni boire sans transformer en or la nourriture et l'eau, et plus encore quand il transforme en statue d'or sa propre fille, il supplie le dieu de reprendre ce fantastique mais terrible pouvoir.

Commentaires

Ce court-métrage d'animation polonais sans paroles et animé en stop-motion est une adaptation de l'une des célèbres légendes mythologiques grecques du roi Midas (roi de Phrygie qui aurait régné de 715 à 676 av. J.-C.), récit notamment conté dans les Histoires d'Hérodote et les Métamorphoses d'Ovide. Elle fut précédemment adaptée en une fable moyenâgeuse, en 1935, dans l'une des Silly Symphonies dirigée sans éclat par Walt Disney lui-même, sa dernière réalisation...

Si l'un des messages de cette histoire est à notre époque immédiatement compréhensible – l'argent ne fait pas le bonheur –, il est tout de même pousser à l’extrême car ne pas en avoir du tout ne fait pas le bonheur également puisque toute société humaine repose sur cette valeur pécuniaire, et qu'en son absence il est difficile de faire partie de ladite société. Mais ici, il est particulièrement question d'un homme qui se laisse emporter par une soif inassouvie d'or alors qu'il en a déjà suffisamment au point d'être plus que riche. Le message est de fait que quel que soit le désir qui nous submerge, aussi fort soit-il, il faut savoir le mesurer. On soulignera également, malgré sa richesse, qu'il manque quelque chose à ce roi, et cette chose c'est juste un peu plus d'esprit pour ne pas prendre une décision sans en imaginer les conséquences, ce qui pour un roi est d'une certaine importance (et à notre époque pour un président également...). Midas est à cet égard connu pour être autant stupide que cupide.

Cet ouvrage est réalisé par Lucjan Dembinski (1924-1998), l'un des grands noms de l'animation polonaise en volume, qui ici s'emploie, tel Mankiewicz la même année avec son Cléopâtre et toute proportion gardée, à produire une œuvre d'un esthétisme éclatant. Lucjan Dembinski a également mis en scène Maluch la petite voiture (1965, court-métrage également sans paroles édité en France en 2015 dans le 1er coffret « MinoPolska » publié par Malavida et projeté en 2021 au 49ème Festival La Rochelle Cinéma comme sa Petite bouille de 1959). Il a également participé à la célèbre série franco-polonaise des Aventures de Colargol (1969-72) et adapté avec fidélité en 1977-82 les célèbres aventures des Moomins de Tove Jansson, cela en une série de 78 épisodes de 10 minutes, toujours auprès de Se-Ma-For et avec la participation autrichienne de l'ORF et allemande de la ZDF. Intitulée Opowiadania Muminków (Les histoires de la vallée des Moomins, inédite en France bien qu'une version cinématographique sous la forme de deux longs-métrages a été exposée dans l'Hexagone trente ans plus tard : Moomin et la folle aventure de l'été et Les Moomins et la chasse à la comète), cette série était la première adaptation en stop-motion de cette œuvre littéraire et séquentielle finlandaise, et elle fut conçue en accord avec Tove Jansson et son frère qui lors de la préproduction reçurent les scénarios traduits en finnois et avaient alors le loisirs de noter ce qui éventuellement ne leur convenait pas. Particularité de cette série, le corps des personnages étaient composés d'une feutrine en papier découpé et malgré l'aspect plat de cette technique, la matière était rebondie pour le tronc et la tête des Moomins, leur rondeur étant ainsi pleinement respectée. De même, les personnages étaient représentés en une certaine aspectivité comme pour exemple les personnages de la série tchécoslovaque Tchessilco le magicien.

On doit l'identité et la conception graphique de ce Roi Midas à l'artiste Adam Kilian (1923-2016) qui œuvra sur quelques autres ouvrages comme celui-ci – notamment deux ans plus tôt sur le tout aussi magnifique Orphée et Eurydice d'Edward Sturlis – et qui fut plus particulièrement illustrateur, décorateur et scénographe pour le théâtre de marionnettes (pour la compagnie du Teatr Lalek à Varsovie qui fit quelques tournées en France dans les années 1950-60), mais aussi d'acteurs ou d'opéra. Son univers plein de fantaisie et ses motifs liés à l'enfance, puisant dans le folklore polonais et matinée d'une touche de mythification, donnait à ce court-métrage un charme des plus admirables. Sa représentation de la Grèce antique ou plutôt de la Phrygie que l'on découvre à l'écran est un véritable trésor où les matières et les couleurs illuminent l'image. Dans son art, en plus de ses diverses formes d'activités artistiques, Adam Kilian a un je ne sais quoi d'un artiste tel que Jirí Trnka

Quant à la musique de ce Roi Midas, elle fut composée par Krzysztof Penderecki (1933-2020), illustre compositeur et chef d'orchestre polonais qui, fort d'une œuvre contemporaine comportant quelques cent cinquante pièces dont des concertos et des symphonies, a vu également plusieurs de ses compositions empruntées par le cinéma sur une trentaine de longs-métrages ou d’œuvres télévisuelles : L'Exorciste, Shining, Métal hurlant, Sailor et Lula ou encore Shutter Island. Sa composition pour le court-métrage de Lucjan Dembinski est à cet égard parmi ses premiers ouvrages musicaux qu'il créa pour illustrer une œuvre cinématographique et il fera de même sur une trentaine de films ou téléfilms polonais et même français en 1968 pour Je t'aime, je t'aime d'Alain Resnais et Les Gauloises bleues de Michel Cournot. Il composa aussi pour plusieurs courts-métrages d'animation polonais dont deux en 1961 et 1962 de Krzysztof Debowski adaptant le grand Stanislas Lem.

Ce court-métrage d'animation polonais en couleurs fut diffusé pour la première fois à la télévision française alors en noir et blanc le samedi 28 décembre 1963, l'année même de sa sortie, dans le cadre de la collection « Ballades Animées » diffusée sur l'unique chaîne, plus pour très longtemps, de la RTF. « Ballades Animées » proposa ainsi en sa programmation, du 24 décembre 1963 au 1er janvier 1964, de découvrir dix courts-métrages d'animation venus de Pologne. Chaque film d'animation était présenté par le cinéaste arménien et réalisateur pour la télévision française Arlen Papazian (1925-1984) qui donnait alors quelques éléments informatifs sur l'oeuvre et les artistes l'ayant créé (avec à la régie Jac-Charles Ansan). Une seconde édition de « Ballades Animées » fut programmée l'année suivante, à nouveau lors des vacances de Noël, du 24 décembre 1964 au 1er janvier 1965 et toujours présentée par Arlen Papazian (quelques autres « Ballades Animées » seront encore présentées par Arlen Papazian durant l'année 1965). On notera également que dix ans plus tard, sur TF1, une autre programmation nommée « Ballade Animée de Noël » proposera à nouveau de découvrir pendant les vacances d'autres courts-métrages d'animation (parmi ceux-ci, voir en fin de commentaires, Le Bonhomme de neige d'Hermina Tyrlova).

Ces premières « Ballades Animées » furent composées des courts-métrages Ballade de la princesse Liliane, Les Deux Dorothée, La Cigogne et la grenouille, Orphée et Eurydice d'Edward Sturlis, Aventures dans la forêt de Tadeusz Wilkosz, Le Roi Midas présenté sur cette page, Dans les sables du désert (épisode de la série Jacques l'endormi), Grand-père et sa pipe (un autre épisode de la série Jacques l'endormi), Le Livre déchiré, et Un ballon pour ma petite sœur d'Alfred Ledwig.

Auteur : Captain Jack
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Król Midas © Se-ma-for
Fiche publiée le 20 mai 2021 - Dernière modification le 25 mai 2021 - Lue 1614 fois