Janot qui fabriquait des bottes pour les chiens

Fiche technique
Nom originalO Janku, co psom szyl buty
Janot qui fabriquait des bottes pour les chiens
OriginePologne
Année de production1961
ProductionSe-ma-for
Durée12 minutes
Auteur conte Juliusz Słowacki
RéalisationLidia Hornicka
Assistant-réalisationDariusz Zawilski
ScénariiLidia Hornicka
DécorsAdam Kilian, Zofia Stanisławska-Howarkova
Direction photographieLeszek Nartowski
MusiquesZbigniew Turski
Diffusions
1ère diffusion hertziennesamedi 26 juin 1971 (ORTF 1ère chaine)
Synopsis

19ème siècle, en Pologne : Janot, un jeune enfant au visage joufflu, est un élève peu attentif à l'école. Il préfère faire des bêtises au lieu d'être à l'écoute des enseignements de son instituteur, cela lui valant d'être sermonné par ce dernier qui, pour le punir, lui donne sur le derrière quelques coups de branches de saule. Un jour, après une nouvelle farce du garçon, et l'utilisation de toutes les branches de saule à sa disposition, l'instituteur fait venir à l'école la mère de Janot pour lui dire qu'il ne peut garder un tel élève aussi peu enclin à apprendre. La pauvre mère, en pleure, demande alors conseille au curé : celui-ci, prenant la mesure du problème et voyant chez le jeune garçon peu d'aptitude à l'étude, lui suggère de mettre l'enfant en apprentissage chez un cordonnier (à la fin de l'entretien, le prêtre donne à Janot une hostie de Noël et une pièce de cinq sous).

La mère confie donc son enfant au cordonnier le plus proche. Mais Janot n'a que faire de ce travail et, rêvant d'aventures et de voyages à travers le monde, il met à exécution ses désirs et quitte rapidement l'atelier de cordonnerie pour embarquer avec ses cinq sous sur un navire à destination de Königsberg. Ayant appris son départ, et de nouveau en pleure, sa mère le croit déjà noyé, mais pour la rassurer, du haut de sa chair, le curé faisant un sermon sur les enfants vagabonds termine celui-ci par le proverbe polonais « qui doit être pendu ne peut pas se noyer ».

Quelques temps plus tard, lors de la traversée, le vaisseau sur lequel navigue Janot fait escale sur une île où vit toute une population. L'enfant décide alors de débarquer en ce lieu. Il se fait ainsi remarquer par le roi régnant sur cette terre en le saluant de sa plus belle révérence. Le souverain, connu pour sa perspicacité à sonder et toiser qui que ce soit malgré un œil en moins, ne parvient pas à deviner qu'elle est le statut de ce jeune garçon. Aussi, il lui demande ses nom et qualité. Janot lui répond évidemment en se nommant et ajoute tout en le flattant qu'il sait faire des bottes pour les chiens, se vantant même avec force descriptions qu'il pourrait les bien confectionner pour ceux de sa majesté. Séduit par le discours de l'enfant, le roi accepte de le prendre à son service. Janot fabrique alors des bottes pour la saison hivernale et chausse également de bottes les lévriers qui sont utilisés lors des parties de chasses, l'ancien écolier participant même à celles-ci dans la suite du roi.

C'est ainsi que de jours en jours, Janot devient une personnalité de plus en plus importante de par ses titres de noblesse, devenant chambellan, puis gouverneur de province et enfin grand seigneur. Fort de sa réussite, il fait venir sur l'île sa pauvre et vieille mère qui est de suite faite dame de la cour par le roi.

Commentaires

Avant que de concevoir une œuvre d'une vingtaine de courts-métrages en stop-motion usant de diverses matières entre 1957 et 1973, Lidia Hornicka (1923-1973) débuta sa vie d'artiste polonaise comme actrice, marionnettiste et metteuse en scène au théâtre Młodego Widza (1949-55). Puis elle se dirigea vers le monde de l'animation en entrant au fameux studio SE-MA-FOR, assistant alors deux maîtres de l'animation polonaise en stop-motion : Zenon Wasilewski (1903-1966) et Edward Sturlis (1927-1980, lui-même assistant de Wasilewski avant que de réaliser en 1954 ses premiers ouvrages en volume).

Pour Janot qui fabriquait des bottes pour les chiens, Lidia Hornicka fabrique des figurines avec les diverses matières qu'elle utilisera souvent pour mettre en scène ses personnages, cela comme dans la trilogie qu'elle consacra à la légende de Hiawatha ou pour Tabou. Douceur, rondeur des visages et tonalité légèrement sucrée des couleurs font de cet ouvrage une œuvre dont on peut ressentir dans son expression artistique toute la subtilité poétique qui en émane. L'artiste était alors à cette époque, avec la tchèque Hermina Tyrlova et la japonaise Matsue Jinbo (1928-), l'une des plus grandes créatrices de l'animation en volume.

Lidia Hornicka adaptait en ce court-métrage un conte de Juliusz Słowacki (1809-1849), illustre poète romantique polonais du 19ème siècle (il est considéré comme l'un des Trois Bardes nationaux ou chantres-prophètes de la nation de la littérature romantique polonaise). Ce conte intitulé O Janku, co psom szył buty est issu de l'une des plus grandes oeuvres du poète, à savoir Kordian, un « poème dramatique » ou « roman poétique » écrit en vers librement changeant sur quelques cent pages en 1833 (on l'appelle également « drame romantique », mais aussi « drame fantastique », « métaphysique » ou « historique », et il est rédigé comme la première partie d'une trilogie dont l'auteur n'écrira jamais les deux suivantes).
De cet ouvrage publié ensuite en 1834, son personnage principal prénommé Kordian, un jeune homme épris d'un certain élan de patriotisme face à la Russie tsariste qui gouverne son pays, va devenir auprès de la jeunesse polonaise un héros national, certains lui empruntant même son nom lors des insurrections polonaises et la lutte pour l'indépendance. Ce personnage d'une grande sensibilité (que l'on côtoie en ce poème de ses 15 ans à ses 19 ans) est une création plus que proche de son auteur, de par notamment son caractère poétique et mélancolique, l'écrivain ayant de même puisé dans ses propres expériences, de ses sentiments amoureux à ses idées de liberté pour sa patrie. Ce nom qu'il a créé – Kordian – signifie « l'homme de cœur » (du latin « cordi-an »).
On notera également que l 'ouvrage fut disponible en France dès 1834 en sa langue originale à La Librairie polonaise de Paris, celle-ci ayant été créée justement à l’issue de l’insurrection polonaise de 1830 contre la Russie tsariste. Le livre était alors signé anonymement en sa première édition, Juliusz Słowacki désirant éprouver la critique qui l'attribua comme il l'espérait à Adam Mickiewicz, puisqu'ayant certaines similitudes extérieures avec les romans poétiques de ce dernier Les Aïeux et Conrad Wallenrod (Conrad Wallenrod sera source d'inspiration à l’Insurrection de novembre 1830, cet auteur étant le premier des Trois Bardes nationaux, poète que Juliusz Słowacki considérait comme l'un de ses adversaires).

Le conte populaire adapté par Lidia Hornicka apparaît au début du poème, dans la première partie (sur les trois qui forment l'œuvre). Il est narré à Kordian, alors adolescent, par Grégoire, son vieux serviteur qui lui raconte cette histoire pour le divertir, le jeune homme étant alors désespéré de ne point trouver un réel sens à sa vie (alors que l'un de ses amis s'est suicidé et qu'il vit un amour malheureux). Quoiqu'elle l'a un peu amusé, Kordian reste dubitatif quant à l'enseignement moral découlant de cette fable que ne peut d'ailleurs expliquer son serviteur qui lui assure pourtant qu'elle en possède un. Pour tenter de captiver un peu plus l'attention de son jeune maître, Grégoire poursuit en lui rapportant les évènements dont il fut témoin et acteur le 21 juillet 1798 au début de la Campagne d’Égypte alors qu'il est fantassin dans les troupes françaises et qu'il participe ainsi sous le commandement de Bonaparte à la bataille des Pyramides (opposant l'Armée française d'Orient aux Mamelouks). Il partage également avec l'adolescent ses souvenirs de 1812 alors qu'il est prisonnier des russes lors de la campagne de Russie conduite par l'empereur Napoléon (dans une autre œuvre littéraire soixante-cinq ans après Kordian, en 1899, et également dans le contexte d'une révolte, un autre vieil homme raconte à un autre jeune enfant ses souvenirs de fantassins dans ces mêmes campagnes napoléoniennes, à savoir La Ramée à Jacquou dans Jacquou le Croquant de Eugène Le Roy).
Ainsi Kordian, tel le Lorenzaccio d'Alfred de Musset ou le Hamlet de William Shakespeare (Kordian lit d'ailleurs un extrait du Roi Lear dans le cours du poème), s’enflammant à l'idée de devenir un héros libérateur s'engagera lui aussi dans ce mouvement contestant le pouvoir tsariste sur son pays et sa russification active depuis l'insurrection débutée le 29 novembre 1830 (guerre polono-russe prenant fin en septembre 1831), un an après le couronnement de Nicolas 1er en tant que roi de Pologne (Kordian est sous-titré La conjuration du couronnement, le poème se terminant dans sa troisième partie avec Kordian tentant d'attenter à la vie du tsar lors dudit couronnement à Varsovie, le 24 mai 1829).

Dans ce contexte, l'histoire de Janot pourrait suggérer divers points de réflexion. Elle montre notamment l'enfant s'en allant de par le monde – tel Kordian voyageant à Londres, à Douvres, en Italie, et jusqu'au sommet du Mont-Blanc où, après le désir de se suicider, lui vient la révélation d'être le guide de son peuple (deuxième partie du poème) – et trouvant, si ce n'est un sens, un but à sa vie. Toutefois, les aspirations de l'un et de l'autre sont bien différentes, celles de Janot étant moins profondes et son discours sujet à caution ; il est de plus faiseur de bottes pour chiens, ce qui d'un point de vue certain est quelque peu absurde même s'il est vrai qu'en matière de contes on a aussi connaissance d'un chat dit botté.
On peut également voir en Janot, comme l'analyse en 1870 Wenceslas Gasztowtt (1844-1920), une critique de ceux qui au sein des gouvernements parviennent à de hautes fonctions bien qu'ils soient inaptes à les occuper et que, tel le discourt de Janot ayant fait impression sur le roi, les idées opaques des ministres sont souvent bien en deçà de la profondeur qu'on leur prête.
Pour terminer sur une vision du personnage plus positive et didactique, et de manière simple mais néanmoins juste, on peut voir en Janot qu'il montre que tout un chacun peut réussir socialement dans la vie, quand bien même il aura été un élève médiocre, et cela en faisant preuve de courage et d'une certaine habileté, et en étant toujours respectueux de son roi. De plus, son travail lui a permis de sortir sa mère de la misère, ce qui ajouté à sa réussite personnelle est source d'une grande satisfaction.

Le conte, telle une œuvre autonome, a connu depuis plusieurs publications polonaises sous la forme d'albums jeunesse, mais aussi sur les populaires diapositives Diafilm. Sur ces dernières, l'histoire de Janot fut illustrée par le poète, peintre et scénographe Tadeusz Sowicki (1915-1977), celui-ci œuvrant notamment pour le théâtre de marionnettes. A cet égard, tout comme Kordian qui fut adapté à plusieurs reprises sur les planches, Janot qui fabriquait des bottes pour les chiens le fut également, entre autres en 1955 au théâtre de marionnettes Rusalka (devenu en 1958 le théâtre de marionnettes Pleciuga / Teatr Lalek „Pleciuga”) à Szczecin, avec une scénographie et une mise en scène d'Aleksander Fogiel (1910-1996) : cet artiste fut tout le long de sa carrière un grand comédien de théâtre, et devint également à partir de 1958 un acteur fort populaire à la télévision et au cinéma, ayant été aussi parmi les premiers comédiens de doublage de son pays et participant notamment à la version polonaise de quelques longs-métrages d'animation de Walt Disney tel Blanche-Neige et les sept nains pour lequel il prête sa voix au miroir magique.

Le titre français de ce court-métrage polonais varie quant à l'orthographe du prénom du personnage qui y est cité. Il est ainsi écrit Jeannot qui fabriquait des bottes pour les chiens dans les programmes télévisés lors de sa diffusion le samedi 26 juin 1971 sur la 1ère chaîne de l'ORTF, et plus récemment Janot qui fabriquait des bottes pour les chiens dans le programme du Festival du Film Court en Plein Air de Grenoble « Le Festival des p'tiots » en juin 2012 et celui du Festival du Film Court de Villeurbanne « La Bobinette Enluminée » en novembre 2012.
Dans le texte original polonais et de fait dans la version originale du film d'animation, le jeune enfant est nommé « Janek » (Janku), prénom polonais mais aussi hongrois, estonien et tchèque (aux origines hébraïques et slaves) signifiant « Dieu est bienveillant » ou « Dieu pardonne ». Jean est la variante française de ce prénom, plus précisément « Jan » est le prénom polonais pour « Jean » et « Janek » un diminutif de celui-ci signifiant « petit Jean » comme il est nommé dans les traductions françaises de Kordian (Paris : Librairie du Luxembourg, 1870, traduit du polonais par Wenceslas Gasztowtt / Lausanne : L'Age d'homme, 1996, traduit du polonais par Jacques Donguy et Michel Mas?owski). On note de fait que l'adaptation française du court-métrage a fait le choix de prendre des dérivés du prénom « Jean » avec « Jeannot » ou « Janot », diminutifs à la consonance enfantine tel « petit Jean ».

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Fiche publiée le 12 juillet 2019 - Lue 308 fois