American Pop

Diffusions
Arrivée en France (cinéma)6 janvier 1982
Synopsis

Zalmie Belinski et sa mère fuient le progrom antisémite perpétré par les cosaques pour rejoindre les États-Unis. Là-bas, l’enfant découvre l’univers des cabarets et du music-hall qui deviendra sa nouvelle famille à la mort de sa mère. Il devient artiste, jusqu’à se lier avec la pègre durant la Prohibition.
Benny, pianiste surdoué, se retrouve à épouser la fille d’un parrain de la mafia et s’engage durant la Seconde Guerre Mondiale.
Tony fuit sa famille à bord de la voiture de son beau-père et sillonne le pays en pleine Beat Generation où il finit par sympathiser avec un groupe de rock avec qui il écrira des chansons et découvrira l’emprise de la drogue.
Au début des années 80, Pete devient le principal dealer des musiciens de la ville à qui il souhaite soumettre ses chansons pour accéder à son tour à la gloire...
Quatre hommes, quatre générations vont ainsi traverser toute l’Histoire de la musique des États-Unis durant le XXe siècle...

Commentaires

Après la production difficile que constitua Le Seigneur des Anneaux, Ralph Bakshi souhaitait revenir à un projet plus personnel en célébrant sa passion pour la musique. Fasciné par les émotions que procurent les chansons populaires mais aussi par leur histoire, le réalisateur envisage alors un film leur donnant pleine mesure tout en les plaçant dans un nouveau contexte ; il commence par fouiller dans ses vinyles, laissant les morceaux lui inspirer les grandes lignes de son scénario. Une fois le script achevé, la réputation de Bakshi en tant que réalisateur d’animation pour adultes lui permet d’obtenir les cessions de droits musicaux pour une somme dérisoire, proche de 100.000 dollars.
L’exploit est d’autant plus admirable lorsque l’on se penche sur le contenu de ladite bande-son, probablement la plus impressionnante qui ait jamais été constituée pour un film d’animation avec entre autres Scott Joplin, Bob Dylan, George Gershwin, Louis Prima, Janis Joplin, Jefferson Airplane, Herbie Hancock, The Mamas & the Papas, The Doors, Jimi Hendrix, Pat Benatar… en tout, c’est près d’une cinquantaine (!) de standards du jazz, du folk, du rock et de la pop qui se retrouvent réagencés pour constituer toute une fresque fantasmatique des États-Unis du XXe siècle. Inutile de dire que, pour des questions de droits, la BO n’a jamais été éditée dans son intégralité (en dehors d’une sélection de 10 titres en vinyle) et que le film dut attendre l’année 1998 avant d’être commercialisé en vidéo pour la première fois.

Pour l’animation, Bakshi fait de nouveau appel au procédé du rotoscope, en filmant ses acteurs avant de tirer les images sur papier et de les retracer sur cellulo. Mais là où la technique était sujette à discussion dans Le Seigneur des Anneaux, son utilisation apparaît plus pertinente et mieux maîtrisée dans American Pop. Si elle constitue un moyen économique évident, elle est aussi un moyen artistique en accord avec l’orientation dramatique du récit, à la fois ancré dans un réalisme historique (auquel s’ajoutent de véritables documents d’archives) et subverti dans sa représentation.
À la finesse du trait des acteurs rotoscopés s’ajoute un jeu expressif de la couleur où les teintes, d’abord feutrées, gagnent en vivacité au fil du récit jusqu’à en devenir froides dans sa dernière partie ; cette expression graphique, notamment nourrie par l’imagerie des pochettes de disques, fait d’American Pop une œuvre bien plus sensorielle que si elle avait été simplement tournée en prises de vues directes. Les personnages ainsi représentés, mis en scène de façon neutre et sans jugement de la part de Bakshi, sont alors élevés en symboles du rêve américain dont les aspects les plus amers sont dévoilés : guerres, conflits générationnels, violence, travail, art, arrivisme, gloire, déchéance... autant de thèmes brassés par le réalisateur qui se repose sur les représentations les plus icôniques des États-Unis pour mieux les démolir, tout en en célébrant la scène musicale, comme pour se réconcilier définitivement avec ce pays qu’il semble adorer et détester en même temps.

En renouant avec les chroniques sociales qui caractérisaient ses premiers longs-métrages, le tout porté par cette esthétique du collage déployée ici à un parfait niveau de maîtrise, Ralph Bakshi livre avec American Pop son film le plus émouvant... et aussi le dernier dont il est véritablement fier. Pourtant, malgré son succès critique et commercial, il n’eut droit en France qu’à une discrète sortie en cinéma avant de retourner dans l’ombre.

Auteur : Klaark
Sources :
Jon M. Gibson et Chris McDonnell, Ralph Bakshi, un rebelle du dessin animé, Seuil, 2009.
John Grant, Masters of Animation, Watson-Guptill Publications, 2001.
Bertrand Le Corre et Thierry Steff, American Pop, Banc-Titre n° 18, février 1982.
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American Pop © Ralph Bakshi / Columbia, Bakshi Productions Inc.
Fiche publiée le 27 juin 2018 - Dernière modification le 03 août 2018 - Lue 1065 fois